Le Vexin

Découvrir...

Le Vexin

Naissance du Vexin

Premiers occupants

Après s’être installés sur le territoire de Gisors, les premiers hommes, des Gaulois, migrent peu à peu vers la Seine. Pendant ce temps, les Waelsch-Gast, des colons belges, envahissent la région en remontant le fleuve. Mais ils sont repoussés sur la rive nord par les Chartrains fraichement établis sur le secteur de Mantes. Les côlons s’établissent sur le territoire conquis. C’est ainsi qu’en 350 avant Jésus-Christ, les Gaulois sont à leur tour stoppés, par ceux que l’on nomme désormais les Vellocasses.

Dès leur arrivée, ces derniers, dont les sociétés sont déjà bien évoluées, érigent des dolmens, déplacent des mégalithes, construisent des caves, comme autant de lieux de culte et de sanctuaires. Travailleurs, courageux, adroits, ils suscitent l’admiration de Jules César. Pourtant, ce sont les Romains qui les font disparaitre dès l’an 57 avant Jésus-Christ. En effet, les Romains attaquent la région avec 15.000 hommes ; à chaque avancée, ils pavent les routes boueuses et construisent des villas en retrait de leurs postes militaires. Progressivement, ils construisent partout des ouvrages solides tels que temples, églises, palais, bains, arènes, et aqueducs.

Royaume de SyagrusAprès le passage de César, les guerres religieuses se succèdent, car les Romains veulent évangéliser le peuple des territoires conquis. Le Christianisme est finalement adopté en 313. Mais, la paix n’est pas là. Arrivant par la Seine, des peuples barbares déferlent sur le territoire : les Francs, les Huns, puis les Visigoths, repoussent les Romains jusque dans les Alpes en 476. A leur passage, les édifices romains sont saccagés, détruits. Les Francs victorieux structurent les territoires en comtés et duchés. Clovis, roi des Francs, se convertit au christianisme pour asseoir plus facilement sa domination sur les peuples vaincus. Puis il s’établit à Lutèce, tandis que sa femme St-Clothilde soutient la création de fondations pieuses. L’ancienne administration militaire romaine est confiée aux ecclésiastiques.

Abbayes, comtés et duchés

Par la force, leur descendant Clotaire parvient à placer le pays sous sa seule autorité au début du 7ème siècle. Son fils, le roi Dagobert, donne des terres à l’abbaye de St-Denis, vers 630, laissant à l’évêque de Rouen les terres de Beauvais.

VitrauxL’influence du clergé augmentant, les seigneurs s’en font un allié par leurs dons. Les échanges de terres et de pouvoirs créent des tensions et des rixes. Pour remercier ses chefs armés dans la défense de son duché de Neustrie, Charles Martel divise son territoire et le répartit entre ses fidèles serviteurs. Le comté du Vexin est ainsi confié à un certain Wittram en 725. Le territoire est alors délimité par la Seine, l’Andelle, l’Epte, le Sausseron et l’Oise. Autour, ce sont les comtés de Pontoise, Meulan, Chaumont, Gisors-Andelys, qui constituent ensemble la Neustrie.

Le fils de Martel, Pépin le bref, nourrit l’ambition de devenir roi de France. Il y parvient en 752. Peu après, le territoire subit de nouvelles invasions scandinaves et danoises. Venus piller le pays, les North-mans avancent en nombre et le nouveau roi Charlemagne n’arrive pas à les stopper avant sa mort en 814. En 853, son successeur Charles le chauve organise la résistance, mais les Normands jaillissent de partout jusqu’à Paris. Les seigneurs sur place ne peuvent tenir. Alors à la fin du 9ème, Charles le gros autorise la construction de châteaux forts et les riches s’empressent de faire fortifier leur maison afin d’accueillir leurs gens, le bétail et les récoltes en cas d’invasion. Bientôt, les habitants s’installent près des manoirs seigneuriaux et les villages commencent à émerger.

Division du Vexin

Le duché de Normandie

Signature de RollonCependant, la région est si dévastée que les héritiers d’Alexandre, comte du Vexin, n’osent prendre sa succession. Aussi, le roi Charles le simple nomme son frère Robert à la tête du comté, puis charge l’archevêque de Rouen de négocier avec l’assaillant. Le chef des Normands, Rollon, cesse enfin ses assauts, lorsque le roi lui abandonne moitié des terres du Vexin et qu’il prend la fille du roi comme épouse. Néanmoins, de nombreux châteaux forts sont édifiés le long de la rivière frontalière des deux Vexin.

Premier duc de Normandie, il se convertit au christianisme et gagne peu à peu la confiance du peuple envahi. Quant à son fils Guillaume, il ne songe qu’à la chasse et aux plaisirs et meurt assassiné en 943.

Un duché fragile

Cette donation rend Robert, le comte du Vexin, fou de colère. Vers 936, son fils, Hugues le grand, s’empare du trône. Peu désireux de régner, il appelle Louis, fils de Charles le simple, à reprendre son trône. Les conflits sont encore fréquents, même si en 946, Richard, troisième duc de Normandie, épouse la fille d’Hugues. Enfin, le traité de Jeufosse en 968 annonce la paix.

Hugues Capet, fils d’Hugues le grand, profite de querelles au sein du Vexin français pour s’emparer du trône en 987. Son fils lui succède en 996. Redoutant la fin du monde, partout, les habitants abandonnent leurs champs et c’est bientôt la famine. Finalement, affamés, ils s’engagent massivement dans les ordres pour échapper à la misère. De nombreuses abbayes et monastères sont alors construits, financés par les seigneurs locaux qui s’assurent ainsi de forces alliées; ainsi le comte de Dreux, le vicomte de Meulan, le seigneur de Marines,…

Le duché de Normandie revient à Robert le magnifique en 1028. Quand le roi Robert le pieux meurt en 1031, la reine tente de favoriser l’accès au trône de son fils cadet. Mais Henri, le fils ainé, fait appel au duc de Normandie pour reprendre son trône. Il lui promet des terres supplémentaires du Vexin. Aussitôt, le duc, bientôt surnommé le « Diable », envahit le Vexin français et marche sur Beauvais. Pris de remords pour sa barbarie, il part en pèlerinage à Jérusalem, après avoir confié son fils Guillaume dit le bâtard au roi Henri 1er. Il y meut en 1035.

Vers un Vexin unifié

Les prémices de la fin

En son absence, les seigneurs en profitent pour régler leur compte. En 1054, Guillaume ayant grandi, il hérite du duché. Après avoir trouvé des alliés parmi les seigneurs du Vexin, il part guerroyer à Hasting en 1066 et emporte la victoire, ce qui lui vaut d’être sacré roi d’Angleterre. Devenu Guillaume le conquérant, il meurt d’une mauvaise chute en 1087 et laisse le duché à son fils, le prince Robert Courteheuze. Entre temps, en 1086, Alix, sa petite-fille, épouse Hugues de France, troisième fils du roi. Le Vexin se trouve ainsi réunit au royaume de France.

En 1095, commence l’attrait des croisades. Alors de nombreux seigneurs s’engagent pour prouver leur bravoure, y compris le duc de Normandie. Lorsqu’il revient, il trouve son frère Henri à la tête de son duché ; ce dernier, refusant de lui restituer son duché, le fait enfermer et s’autoproclame roi d’Angleterre et duc de Normandie en 1106. Louis VI lui fait part de sa désapprobation et Henri 1er, fâché, lui déclare la guerre. Sur tout le territoire, les massacres entre les antagonistes se multiplient.

L’alternance et la chute

En 1147, le roi Louis VII, ayant chassé le duc, part en croisade pour expier ces pêchers. Mais il revient ruiné en 1149. Henri II, nouveau roi d’Angleterre, ambitionne de reprendre le Vexin. Finalement, les deux rois se réconcilient en 1160. Ils promettent au mariage leurs enfants, Henri de Courmantel, 7 ans, à Marguerite de France, 3 ans. Ils vont pourtant continuer à se chercher régulièrement querelles, détruisant les châteaux ou abbayes de l’autre. Finalement, Henri II meurt et laisse sa place à son fils Richard coeur de lion. Ce dernier s’entend bien avec le roi Philippe-Auguste, au point de partir ensemble en terres saintes en 1190. Le roi de France en revient un an plus tard, tandis que Richard continue à traquer les infidèles.

Philippe-Auguste en profite pour récupérer Dangu, Gisors et Neaufle. Et quand Richard rentre en 1196, ruiné, il consent à lui abandonner, via le traité de Gaillon. Mais Jean sans terre, le frère de Richard, envahit le Vexin, afin de faire annuler le traité. Le roi réagit aussitôt, et les combats se poursuivent jusqu’en 1200, quand Louis, fils de Philippe-Auguste, se fiance à Blanche de Castille, nièce de Richard coeur de lion. En 1204, Philippe-Auguste expulse Jean du duché.

En 1212, le seigneur Guillaume de la Villetertre dirige le duché et les districts avoisinants. Les petits seigneurs, Hugues de Chaumont, Guy V de la Roche, Simon de Neaufle, Jean de Gisors,… participent à l’unification du territoire jusqu’en 1222. St-Louis, sacré roi en 1226, parvient à pacifier les grands seigneurs en 1242, et ainsi instaurer une paix durable, les Anglais n’ayant plus d’alliance sur le territoire. Puis il part en terres saintes en 1248, pour rentrer dix ans plus tard. Philippe le hardi, son fils, poursuit le travail de son père de pacification et d’harmonisation des pouvoirs.

La revanche des Anglais

Au 14ème, la succession des rois n’impacte pas la stabilité du Vexin. Après Philippe le bel, arrive Louis le Hutin, puis Louis X, Philippe le long, Charles le bel avec lequel s’éteint la lignée des Capets en 1328. Le trône échoit à Philippe VI, un cousin de la lignée des Valois. Mais Isabelle, fille de Philippe le bel devenue reine d’Angleterre, ne l’entend pas ainsi. Elle veut que son fils Edouard III devienne roi de France. Alors en 1346, elle accoste en Normandie, saccage tout sur son passage et marche vers Paris. Une bataille s’engage à Crécy avec pour résultat, la défaite du roi, dont le fils Jean, prend la suite. Il tente de contenir les Anglais mais est arrêté à Poitiers en 1356. C’est le dauphin Charles V qui le fait libérer via le traité de Brétigny en 1358.

Charles VI confirme le rattachement du Vexin français à l’Ile de France, avant d’être frappé d’insolation en 1392, et de devenir fou. Les ducs d’Orléans et de Bourgogne y voient l’opportunité de s’emparer du royaume. Alors que la paix se signe à Pontoise en 1413 entre les Armagnacs et les Bourguignons, les Anglais envahissent la Picardie, avant d’assiéger Rouen. Puis ils marchent sur Paris, qui doit signer sa reddition en 1420. Le roi d’Angleterre Henri V, épouse la fille de Charles VI, Catherine.

La libération inattendue

Lorsque Charles VII succède à son père, presque toute la France est aux mains des Anglais. Il rencontre Jeanne d’Arc à Chinon en 1429 et lui confie la direction de ses armées. Trahie par l’évêque de Beauvais, elle est brûlée vive en 1431, ce qui soulève l’indignation du peuple français. Craignant des représailles, les Anglais se livrent à des excès dans le Vexin : l’église et l’abbaye de Pontoise sont dévastés, idem pour l’église et le cloître de Cergy, le prieuré de Villarceaux, le monastère de Nucourt, et plusieurs église jusqu’en Picardie. Dès 1435, Charles VII passe à l’action et repousse les Anglais, libérant son royaume en 1450.

Un Vexin chahuté

Les troubles religieux

Son fils Louis XI dirige le pays avec fermeté jusqu’en 1483. L’exploration de nouvelles terres permet un nouvel enrichissement du royaume qui profite largement à Louis XII. Pour faciliter la transmission des héritages, l’état civil est créé en 1509, mais il faudra deux siècles pour le généraliser. Quoi qu’il en soit, ces nouvelles richesses permettent le développement de l’imprimerie, la construction, le commerce et favorisent l’émergence de nouveaux délits. François 1er se penche sur le problème pour définir les sanctions adéquates à porter dans la « Coutume ». Mais c’est aussi l’arrivée de nouvelles pensées religieuses, derrière Luther et Calvin, créant deux camps opposés.

La réforme gagne du terrain malgré la répression, alors François II met en place des bureaux d’inquisition. Les bûchers sont partout. En 1561, la noblesse et le tiers état se rencontrent en présence de Charles IX et Catherine de Médicis, pour tenter d’éviter la guerre civile. La conciliation étant impossible, le duc de Guise commet un massacre à Vassy en 1562. La rage de Catherine de Médicis à l’encontre des protestants aboutit au bain de sang de la St-Barthélémy en 1572. Le sang coule pendant trois jours à Paris et les fuyards sont pourchassés jusque dans les provinces. Charles IX en perd le sommeil et s’évade dans la chasse en terre de Vexin.

Le duc de Guise, dit Henri le balafré, reste un insatiable sanguinaire. Alors, en 1576, visant le trône, il fonde la Ligue. Pressé par le clergé, Henri III promet de pourchasser les protestants, mais la Ligue l’accuse de ne pas agir assez vite, et propage l’esprit de révolte. En 1589, le roi est assassiné. Avant de succomber, il désigne son cousin Henri de Navarre comme successeur. Le nouveau roi, protestant, s’empresse de libérer les huguenots, en assaillant sans arrêt ses opposants avec ses troupes béarnaises. Après leur passage, à Villers en Vexin, le sieur Le Broc forme un groupe de voleurs qui détroussent les voyageurs, semant de nouveaux troubles.

Finalement, en 1593, Henri de Navarre, épuisé, finit par abjurer à St-Denis. Le calme revenu, il se rend à Gisors avec Gabrielle d’Estrée, puis consent à la démolition de château Gaillard réclamée par les habitants du Vexin. Aussitôt, Charles III de Bourbon, archevêque de Rouen, récupère les pierres pour se faire construire le château de Gaillon. Henri IV échappe à une tentative de meurtre en 1594. mais malgré ses bonnes actions pour améliorer la vie du peuple, il est assassiné en 1610.

La Fronde et les abus de l’aristocratie

En 1614, Louis XIII accède au trône et l’évêque Richelieu, représentant du clergé auprès de la cour, devient ministre des affaires étrangères. Puis en 1642, sa charge passe au cardinal Mazarin. La cupidité et l’avidité de ce dernier irrite la haute noblesse qui lance la révolte avec la Fronde. Ainsi, les princes de Condé, Conti et Longueville sèment le trouble à Paris et en Normandie. Peu après, la Seine déborde et détruit le pont de Meulan en 1655, et la falaise de craie de La Roche-Guyon s’effondre sur plusieurs maisons, tuant leurs habitants en 1693. Pendant ce temps là, le roi Louis XIV ne songe qu’à son palais de Versailles, et surtout, il révoque l’édit de Nantes en 1685, ce qui est à l’origine de nouveaux massacres. Les derniers protestants s’enfuient.

Le 18ème voit poindre de nouvelles querelles religieuses, notamment à l’égard des Jansénistes qui sont à leur tour persécutés. Ces derniers dérangent, car ils dénoncent les abus de l’église et de l’aristocratie, qui n’ont de cesse que de s’enrichir toujours plus.

La colère gronde

Lorsqu’en 1774, Louis XVI monte sur le trône, le pays est exsangue. Les premières révoltes éclatent en 1775, avec pillage de réserves de grains et de farine à Meulan. Loin de lancer une réforme, le roi se laisse influencer par les courtisans en quête de pouvoir. Soutenant l’émancipation des Etats-Unis, il se met à dos l’Angleterre, puis débordé de toute part, il fuit sa charge dans les plaisirs. Il finit par convoquer ses princes, mais aucun ne consent à réduire son train de vie. Pour ne rien arranger, en 1788, un orage de grêle frappe l’Ile de France. 1039 communes voient toute leur production agricole anéantie et l’hiver suivant, la disette alimente la colère du peuple.

Le roi convoque les Etats généraux début 1789. Le marquis de Guiry préside la réunion de Chaumont en Vexin, afin de rédiger le cahier des doléances. Mais encore une fois, le roi se laisse guider par ceux à qui profitent les abus du système. Cependant, les deux castes exempts d’impôts qui détiennent les deux tiers des meilleurs sols de France, lui conseillent de résister. Louis XVI tente alors de dissoudre les Etats généraux ; en vain. Les députés se constituent en assemblée nationale, dont le marquis de Gaillon se retire un an plus tard.

L’espoir d’une vie meilleure

Lorsque la Bastille tombe au mains du peuple, les aristocrates à l’origine de cette situation émigrent et abandonnent le roi. Tous les privilèges sont abolis et les provinces sont disloquées. Le Vexin est divisé en trois : l’Oise, l’Eure, la Seine et Oise. En 1792, les nobles qui ont refusé de renoncer à leurs privilèges sont poursuivis et exécutés. Ainsi le duc de la Rochefoucault près de Gisors. De nouveaux leaders apparaissent sur les champs de bataille dont le jeune Napoléon Bonaparte saura tirer profit.

Sources : Histoire du Vexin français-normand, par G Achenbach-Wahl : BNF Gallica

Vexin moderne

Le parc naturel

Créé en mai 1995, le parc reprend les contours du Vexin français. Géré par l’Ile-de-France, le Val d’Oise et les Yvelines, il regroupe 99 communes et 6 communautés de communes. Il a pour mission le développement harmonieux et équilibré, basé sur la préservation des patrimoines naturels, culturels et bâtis.

Entité naturelle de caractère, le Vexin français offre des paysages et milieux étonnants (coteaux calcaires, marais, bois…). En effet, ce plateau est entaillé de vallées aux profils contrastés, tantôt longues, étroites et jalonnées de vallons (Viosne, Sausseron) ou qui s’épanouissent en véritables plaines alluviales (Aubette de Magny). Surplombant le plateau, les buttes d’Arthies, de Rosne et de Marines dressent leur silhouette boisée et ont conservé leur chapeau de sable et de meulière.

La spécificité du Vexin français réside également dans son patrimoine bâti. En contrepoint des châteaux, églises et grands domaines agricoles, les croix, moulins, fontaines, pigeonniers, lavoirs… frappent par leur simplicité.

En 2014, le Vexin français est le premier Parc naturel régional labellisé « Pays d’art et d’histoire » par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Envie de vivre une Aventure dans le Vexin ?….

  • Voir tous nos produits dans le Vexin.