Le Gâtinais

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Le Gâtinais

Naissance du Gâtinais

Premiers peuples

Durant la préhistoire, le Gâtinais est une subdivision du territoire sénon créé par les Romains, situé entre les Carnutes (Chartres) à l’ouest et les Lingons (Langres) à l’est. Il s’agit d’une zone presque essentiellement forestière. Sa capitale, Château-Landon, est édifiée sur la voie romaine, en haut d’un éperon rocheux. Elle subit les assauts des Romains se rendant à Orléans pour réprimer la rébellion gauloise en 52 avant Jésus-Christ.

Au 4ème siècle, lorsque les Francs réorganisent la Gaulle, le diocèse de Sens est chargé de diriger les cités Auxerre, Chartres, Meaux, Troyes, Orléans et Paris. Ainsi nait l’archidiocèse de Sens… alors que Paris ne deviendra archevêché qu’en 1622, plaçant alors Chartres, Meaux et Orléans sous son autorité. Sens se divise ensuite en « pagi ou païs » : pays de Sens, Melun, Provins, Etampes et Gâtinais.

Comté du Gâtinais

Jusqu’au 6ème, les Bagaudes, les Germains et les Huns envahissent et dévastent le Gâtinais, dont le nom signifie « Pays dévasté ». Attesté au 6ème, il couvre le bassin du Loing et ses affluents, de Châtillon-Coligny à l’est, à Boiscommun au sud, Milly à l’ouest et Montereau au nord. A l’issue de ces invasions, le Gâtinais forme un comté, tandis qu’Etampes et Nemours deviennent duchés et Rochefort un comté.

L’abbaye bénédictine St-Colomban est fondée à Ferrières vers 515 et attestée au début du 7ème. Puis Clovis accorde à Château-Landon l’édification de l’abbaye St-Séverin. La compétence des moines en assure rapidement la prospérité. Pour résultat, la cité attire rois, comtes et abbés qui s’en partagent les privilèges. C’est ainsi qu’y nait, en 1043, Foulques de Réchin, petit-fils de Foulques de Nerra, comte d’Anjou. Toutefois, les frontières du Gâtinais restent floues, chaque « chrétienté » négociant ses possessions : celle du Gatinais, celle de Ferrières, celle de Milly.

Un Gâtinais divisé

Foulques le Réchin céde en 1069, son comté au roi Philippe 1er, qui l’intègre aussitôt à son domaine, joignant ainsi la Brie et la Beauce orléanaise. En 1168, le comte Robert III Clément devient gouverneur du jeune roi Philippe II, dit Philippe-Auguste.

En 1204, alors qu’Anglais et Français s’affrontent en Normandie, en Anjou et en Touraine, le comte Henri Clément reçoit le château d’Argentan (propriété des Plantagenêt) en 1207 pour ces victoires sur l’ennemi, puis le château de Parthenay en 1208. Pour Philippe-Auguste, il repousse même les limites du Gâtinais au-delà de la forêt d’Orléans. Son fils Jean, devenu maréchal en 1225, finance les vitraux de la cathédrale de Chartres. Par suite d’échanges et de reventes entre seigneurs et religieux, le territoire est divisé ; à l’ouest, le bailliage d’Orléans et à l’est, celui de Sens. Toutefois, le Gâtinais recule jusqu’à la Loire et le comté passe dans les mains de Itiers du Mez en 1258. En 1314, ses héritiers vendent le comté à Philippe le bel. Et en 1329, il entre dans le domaine de Philippe de Valois.

Gâtinais et guerre de cent ans

Guerre et peste

En 1337, Aliénor d’Aquitaine, ex-épouse de Louis VII, récemment remariée à Henri de Plantagenêt, revendique des biens au royaume de France. Aussitôt, Philippe de Valois lui confisque la Guyenne. Les Anglais ripostent par une déclaration de guerre. Après avoir envahi la Normandie, les Anglais encerclent bientôt le royaume de France par l’ouest et le sud. Partout, ils s’emparent des seigneuries fidèles aux Valois. La peste noire, arrivée en 1348, freine leur avancée mais tue tout autant.

En 1350, Jean le bon, fils de Philippe de Valois, continue à défendre le royaume tout en contrant les attaques de son beau-frère, Charles le mauvais, roi de Navarre. Par provocation, ce dernier incendie le duché de Nemours en 1358. Hélas, Jean est fait prisonnier pendant la bataille de Poitiers. Après une brève libération en 1360 pendant laquelle il crée le « franc », il meurt captif en 1364.

Ruée de pillards

Son fils Charles V, dit le sage, monte sur le trône. Il rétablit les finances du royaume grâce à un nouvel impôt sur le sel : la gabelle. Puis il réorganise l’armée avec des milices permanentes. En 1370, il nomme le breton Bertrand du Guesclin, connétable de France – chef des armées, et ce dernier ne tarde pas à reconquérir le territoire. Après avoir repris l’Aquitaine, le Poitou, la Normandie, il meurt au siège de Châteauneuf de Randon, en Auvergne, en 1380. Le roi décède peu après, laissant le royaume à son fils Charles VI. Mais ce dernier est trop jeune et qui plus est, atteint de démence paranoïdes. Son pouvoir est très fragilisé. En 1390, 20.000 pillards traversent le Gâtinais pour remonter sur Paris, avant de dévaster Milly et Etampes.

En 1404, le Gâtinais est de nouveau divisé, mais à l’horizontal. La partie nord est intégrée au duché de Nemours, lié à la généralité d’Ile de France. Il est désigné sous l’appellation Gâtinais français, et donné au roi de Navarre. Il s’étire jusqu’à Corbeil en passant par Melun, et Courtenay et l’Yonne à l’est. Montargis, de la généralité d’Orléans, devient la capitale du Gâtinais orléanais, couvrant tout le plateau de Pithiviers jusqu’à Janville et Neuville. Tandis que s’agrandit le territoire du Gâtinais, Sens perd de son influence. Cette division ne calme hélas pas l’avidité des opposants : Orléanais, Savoyards, Bourguignons et Armagnacs envahissent tour à tour le Gâtinais.

Résistance de Montargis

Une ville semble pourtant résister aux assauts des pillards. Lorsque les troupes de Lord Warwick tentent de prendre Montargis en 1427, c’est l’échec : la ville semble imprenable. Un capitaine expérimenté, gascon déterminé, Bouzon de la Faille, défend la forteresse. Il fait envoyer des messages au connétable de Richemond, à Gien, pour recevoir des vivre, mais ce dernier, sans le sous, ne peut payer ses troupes pour marcher sur Montargis. Il vend sa couronne de comte pour 10.000 écus, et charge le Bâtard d’Orléans – comte de Dunois, de conduire ses hommes. Entre temps, 3 mois s’écoulent durant lesquels Montargis résiste, malgré la famine et les maladies. Les habitants sont enfin secourus par l’armée de Dunois et La Hire ; leurs 1600 hommes, soutenus par les Montargois, parviennent à mettre en déroute les Anglais, réalisant ainsi la première victoire pour le royaume.

Pour les remercier de leur bravoure, le roi Charles VII le victorieux délivre Montargis de tous les droits – sauf la gabelle. Il autorise les habitants à exploiter le bois pour se chauffer ainsi que la tenue de quatre foires annuelles pour dynamiser la cité. L’intervention de Jeanne d’Arc, dès 1428, permet d’inverser les pouvoirs. Le connétable de Richemond fait délivrer Nemours, Sens, Melun, Moret, Château-Landon, Montereau. Mais l’ancien comté est totalement dévasté et ruiné, et ce n’est pas l’accumulation de taxes et d’impôts pour relever le royaume, qui lui rendront sa splendeur.

Difficile redressement

Un espoir de richesse

Au 16ème, cherchant de nouvelles sources de revenus, le Gâtinais se lance dans la production de noix et de safran et rencontre un franc succès. Bientôt, la ville de Boynes devient la capitale française du safran et sa réputation gagne l’Allemagne et la Hollande, dont les acheteurs se ruent sur la foire de novembre en quête de la précieuse épice.

Une descente en enfer

A partir du 17ème, les marchands de Pithiviers s’emparent du marché et la foire de Boynes disparait. Mais le plus grand trouble du Gâtinais survient en 1652, pendant la fronde ; le siège d’Etampes, par le vicomte de Turenne, laisse une multitude de cadavres abandonnés à même le sol. Ce qui attire évidemment des prédateurs en quête de pitance.

A cette tragédie, s’ajoutent les morts du typhus et des épidémies, que les cimetières ne peuvent absorber. Après avoir nettoyé les charognes entre Fontainebleau et les bois d’Hurepoix, les loups, habitués à la chair humaine, finissent par attaquer les plus vulnérables. La terreur s’empare des survivants à l’annonce de 300 victimes, chiffres contredits par la suite, mais qui conduisent à l’extermination du loup. En 1663, après un hiver glacial, 20% de la population meurt de faim. Impossible d’accuser le loup.

Le Gâtinais subit encore quelques modifications de contours avec retrait de Milly, Janville, Neuville et Vitry rétrocédés à l’Ile de France. En 1698, Louis XIV reconnait officiellement la culture du safran.

A nouveau, en 1709, la région connait un terrible hiver, la température chutant à -20°. Du riz est distribué à la population pour éviter une crise sociale due à la famine.

Un Gâtinais et trois départements

En 1785, lorsque Louis-Philippe-Joseph, duc d’Orléans, succède à son père, il hérite de la forteresse médiévale de Montargis, où ne résident que quelques vieux serviteurs. Cependant, après un long sommeil, un nouvel espoir apparait avec l’installation d’une filature de coton. Mais la révolution stoppe cet élan et les héritiers du prince sont contraints de vendre tous leurs biens. Les contours du Gâtinais sont de nouveau discutés : pour la partie française, le territoire couvre une partie de Seine et Marne, ainsi que quelques communes de Seine et Oise, nouveau département remplaçant l’Ile de France royaliste. Le Gâtinais orléanais, quant à lui, est absorbé tout entier dans le Loiret.

En 1802, quand est établi l’arrondissement de Montargis, celui-ci perd les parties du val de Loire et de la Beauce qui lui ont été rattachées indûment, et il réintègre le Loiret. Les deux Gâtinais vont encore continuer à vivre séparément, chacun avec leur typicité. En 1809, un spéculateur achète le vieux château de Montargis, afin de vendre pierres, plombs et poutres aux entrepreneurs locaux. Heureusement, en 1837, une église évangélique investit les lieux et stoppe la destruction des derniers vestiges de la forteresse. Celle-ci sommeille alors près de 50 ans, changeant plusieurs fois de propriétaire. Après deux hivers glaciaux, en 1880 et 1881, la production de safran chute brutalement, les bulbes n’ayant pas survécu au gel.

Au cours du 20ème, le dernier producteur de safran cesse son activité en 1930, la production devenant trop chère pour concurrencer les parfums et colorants de synthèse. L’école St-Louis s’établit dans l’ancien château de Montargis, sauvant le vestige de la disparition.

Le Gâtinais aujourd’hui

La Gâtinais par cantonsComme ailleurs, une partie du Gâtinais est placé sous la protection d’un parc naturel régional. Il s’agit du Gâtinais français, qui regroupe actuellement 69 communes. Le bocage orléanais et les cultures beauceronnes appartiennent toujours au Gâtinais orléanais.

En raison de la présence abondante de sable et de grès, le parc jouit du surnom de pays des milles clairières et du grès. Trois rivières traverse son territoire : la Juine, l’Essonne et l’Ecole, mais aussi un fleuve, au nord-est : la Seine. Ce terroir rend propice la production de plantes médicinales et d’orge brassicole, de miels forestiers. S’y ajoute la pratique de la varappe dans les chaos gréseux et la construction en pierre de taille.

Pour la diversité de ses paysages, de sa faune et de sa flore, le Gâtinais est un territoire à découvrir, mais sa fragilité le réserve à des amateurs avertis, soucieux de préserver sa beauté originelle.

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